Repas biologiques dans des cantines : pour ou contre ?

Une amie me demande ma position contre le développement annoncé de repas biologiques dans les cantines de ministères, la voici :

Des arguments font pencher la balance des 2 côtés ; le résultat me semble plus de nature politique que technique.

Pour :
1) l’augmentation de la demande va entraîner une augmentation de l’offre, des agriculteurs decidant soit de s’installer en bio pour répondre à cette demande, soit de se convertir
2) les bénéficiaires de ces repas bio vont apprécier la différence de qualité et seront de ce fait de fervents promoteurs de la bio dans leur fonction et consommeront davantage de produits bio dans leur sphère privée.
3) tout développement de production de produits biologiques a pour corollaire une meilleure santé pour les consommateurs, mais aussi pour les producteurs qui ne sont pas exposés à des produits cancérigènes, une meilleure protection de la terre, de l’eau, des espèces animales et végétales à l’approche voire au sein des cultures.

Contre :
1) l’offre locale voire nationale est déjà complètement saturée ; au plan local, il n’y a qu’à voir l’exemple des AMAP dont le développement est bloqué par l’absence de maraîchers.
2) compte tenu de l’augmentation actuelle de la demande pour des produits bio de l’ordre de 20% par an, tout surcroît de demande complémentaire va accroître le déséquilibre sur le marché intérieur ; la mise en plat de repas hors domicile en bio va accélérer le recours aux importations en provenance de pays exportateurs ; d’une part cela va permettre de mettre en place des filières qui vont concurrencer les producteurs nationaux ; après la délocalisation du textile, puis de l’électronique, demain ce sera le tour des produits agricoles bio ; c’est d’ailleurs l’objectif de certains pays comme l’Australie, la Chine dont on voit – de façon surprenante – nombre de représentants dans les salons bio européens (Biofach en Allemagne, Natural and Organic Products Europe au Royaume Uni). Et ces délocalisations relèvent de tout sauf du développement durable : avec de façon certaines des transports consommateurs de pétrole, souvent du dumping social, ….

Pour conclure :
Même si je suis plutôt partagée sur ce sujet, je pense qu’il est quand même souhaitable de saisir toutes les opportunités de développer la consommation de produits biologiques ; charge aux pays dont les dirigeants ont encore une vision politique de mettre en place des règles ou des incitations pour que l’augmentation de la consommation de produits biologiques se fasse de façon concertée avec une augmentation de la production locale. Et dans ce dernier cas, tout absence de ressemblance avec la France n’est malheureusement pas fortuite. Cela eût été cela du vrai développement durable (protection de l’environnement, création d’emploi, diminution des transports,…). Mais c’est vrai que pour certains ce sont deux mots vidés de sens qu’il fait bon prononcer régulièrement pour « faire dans le coup », mais juste pour cela.

Et pour vous faire rire, je vous invite à lire mon billet du 1er avril et les réactions de quelques internautes incrédules ou furieux contre ma naïveté, car malheureusement ce que j’avais écrit – et qui aurait dû être la réalité – n’était qu’un … poisson d’avril.

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