Lettre ouverte aux élus et décideurs pour anticiper les ruptures sociales et écologiques qui s’annoncent…

Millançay, le 8 février 2010.

Mesdames, Messieurs, Les Entretiens de Millançay réunissent, chaque année depuis 18 ans, des acteurs éclairés de la société civile, représentants de grandes ONG, personnalités diverses : scientifiques, philosophes, artistes, médecins, cinéastes, élus politiques, professionnels de l’agriculture et de l’artisanat, animateurs de projets en milieu rural... (voir liste des noms et qualités en annexe). Le thème de 2009 était « Le RETOUR A LA TERRE » dont nous mesurons chaque jour l’intérêt qu’il suscite parmi les jeunes générations. La situation de crise actuelle est riche d’opportunités pour des changements indispensables en stimulant l’intelligence collective et la créativité. L’importance des défis et l’urgence des mesures à prendre rappellent d’autres grands moments de l’Histoire, notamment le « New Deal » où les solutions mises en oeuvre par Théodore Roosevelt, ont permis à l’époque de créer SIX MILLIONS d’emplois aux Etats-Unis dans un délai très court. L’enjeu économique se double aujourd’hui d’un défi écologique planétaire qui rend plus légitime encore l’instauration d’un plan de relance s’inspirant des conclusions du Grenelle de l’Environnement. Nous faisons part de nos réflexions pour comprendre que «Environnement et sécurité alimentaire » constituent un secteur essentiel pour refonder une dynamique nationale de l’EMPLOI. Si la crise s’aggrave, nous pouvons assurément nous passer d’informatique, d’aéronautique, d’automobile et d’électro-ménager… mais nous ne pouvons pas nous passer de manger ! Le domaine de la production agricole et alimentaire redevient primordial dans une politique nationale d’aménagement des territoires car cette double dépendance alimentaire et énergétique fait planer la menace de désordres généralisés en cas de pénurie. L’absence de réforme, visant à nous en libérer rendrait la situation extrêmement périlleuse. Les valeurs humaines et les ressources communes de la terre doivent impérativement être remises au centre des préoccupations comme l’indiquent les aspirations d’un nombre croissant de jeunes, plus soucieux de partage, de solidarité, d’innovation sociale et de paix civile. Nous proposons donc une stratégie pour anticiper les troubles à venir et nous préparer à un renversement radical de l’économie du « tout pétrole » vers une économie verte dont nous mesurons le potentiel avec les nouvelles disciplines scientifiques comme le « Biomimétisme »… Nous devons simultanément faire l’apprentissage de nouveaux modes de vie qui conjuguent bio-diversité, humanisme et résilience. En ajoutant une dimension au plan de relance du Grenelle, l’Intelligence Verte peut contribuer à l’émergence d’une économie de la connaissance et de la reconnaissance, créatrice de ressources et d’emplois dans les domaines des énergies renouvelables, de l’éco-construction, du recyclage, des services de proximité (nourriture, éducation, santé, service à la personne) accessibles à tous. (Nombre d’expériences en cours témoignent de validité de cette approche). Rappelons que lors de la dernière guerre mondiale la proportion des agriculteurs était encore de 34%, totalement indépendants énergétiquement. Ils produisaient alors, localement, l’essentiel des aliments consommés. Aujourd’hui ces acteurs ruraux ne sont plus que 2% dans les grands pays industrialisés, (4% en France) à produire une nourriture artificialisée, totalement inféodée à la pétro-chimie. Dans le même temps nous importons du bout du monde des quantités considérables de denrées alimentaires de base. Notre vulnérabilité est devenue extravagante et face à une désorganisation globale du type de celle des années «1939 -1940 », les tickets de rationnement seraient inefficaces… La bonne nouvelle c’est que nous pouvons inverser cette situation en facilitant et en multipliant les projets de retour à la terre. L’expertise que nous proposons, a pour objet de former et d’accompagner les installations en milieu rural pour assurer sur de petites surfaces l’autosuffisance alimentaire des familles et l’aménagement en circuits courts des communautés urbaines. Ces tissus d’initiatives locales déjà en cours de constitution dans de nombreuses régions, sous l’impulsion de citoyens novateurs, atténueraient les effets d’une crise sociale, et alimentaire qui pourrait devenir insoutenable… Si celle-ci devait se produire, elle affecterait d’abord les 7 millions de français les plus pauvres et par ricochet l’ensemble des classes sociales, y compris les plus aisées dans nos pays développés… Les tensions, visibles déjà dans l’usage des terres arables, entre cultures industrielles spéculatives et cultures alimentaires ou vivrières, laissent entrevoir le retour des émeutes de la faim, même en France où les Restaurants du Cœur ne résisteraient pas à une augmentation du nombre de leurs rationnaires. Alors que notre pays, disposant d’un demi-hectare de surface agricole par habitant, a largement de quoi répondre aux besoins de sa population. C’est également le cas de la plupart des pays du globe si on veut bien les aider à reconquérir leur souveraineté alimentaire. En espérant que ces réflexions retiendront votre attention pour les réformes que la situation nous impose, nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs les élus, nos respectueuses salutations. Pour le Comité de Réflexion,

Philippe DESBROSSES Président d’Intelligence Verte.

Signataires : les membres du Comité de réflexion des «Entretiens de Millançay » (ordre alphabétique) - Aucante Marieke et Pierre réalisateurs TV. spécialisés en agriculture et handicaps sociaux. - Baronnet Brigitte et Patrick créateurs de la Maison Autonome, en Loire-Atlantique. Formateurs éducation à l’Environnement. - Bailly Emmanuel ingénieur, auteur du concept d’Eco-régionalité – spécialiste d’aménagement des territoires.. - Carlier Agnès Ingénieur en hydraulique, créatrice d’une production autonome en Ile-de-France. - Chalom Catherine ingénieur, fondatrice du Retour à la Terre: arboriculture bio (Normandie) et distribution bio (Paris) - Chapelle Gauthier, biologiste, ingénieur agronome, directeur scientifique spécialiste du bio-mimétisme. - Desbrosses Philippe Dr ès-Sciences Environnement, directeur du Centre Pilote Européen de Sainte-Marthe. - Eraud Dominique médecin homéopathe acupunctrice, co-fondatrice de l’Association des Eco-médecines. - Fromonot Jean-Yves et Pascale administrateurs du Centre Pilote de Formation Permanente, Ferme Bio de Sainte-Marthe « Vivre et Travailler Autrement » et administrateurs du site web « Intelligence Verte ». - Fossier Isabelle, retraitée, chargée de missions en communication (Agence de ressources internes RATP) - Gaudin Thierry Ingénieur Général des Mines, prospectiviste, Expert auprès de l’Union Européenne - Gevaert Pierre Fondateur de l’Entreprise Lima et des organisations Belges d’Agriculture Biologique, auteur de plusieurs ouvrages d’expérience sur le Développement Durable, la crise alimentaire et les éco-village. Président-Fondateur de l’ONG « Sahel-Service » aide aux agricultures vivrières en Afrique. - Gouble Sandrine directrice de magasins Biocoop, formatrice éducation à la santé et à l’environnement. - Goudin André Conseil et Expertise Agro-Ecologie, conception de nouveaux produits pour l’environnement. - Granier Nicolas avocat au barreau des Hauts de Seine Expert en Droit international et Droit des affaires. - Henckel Jean-Guy président fondateur des réseaux d’insertion et production « Jardins de Cocagne » - Lachaume Samuel Consultant – Formateur en réglementations bancaires internationales. - Léger Jacques Centre de formation de Sainte-Marthe, spécialiste de traction animale, productions maraîchères. - Lestimé Jean-Yves, ingénieur horticulteur, fondateur de jardins partagés en insertion (Essonne) - Lion Robert (ENA) directeur honoraire Caisse des Dépôts et consignation, président d’Agri-Sud international. - Maliet Patrick, Chef d’exploitation, spécialiste des productions de semences potagères biologiques. - Millet Séverine, juriste, écrivaine auteur de rapports sur la multifonctionnalité et « la stratégie du Colibri ». - Nguyen Ngoc Hanh, médecin, acupuncteur DEA d’ethno-médecine - éducation à la santé et à l’environnement. - Noubel Jean-François coaching d’entreprise expert international en intelligence collective globale. - Plassard François ingénieur agronome, docteur d’Etat en économie, animateur des réseaux CIVAM, auteur de nombreux ouvrages sur l’agriculture durable, l’emploi, les éco-hameaux, le chèque temps-libre… - Viveret Patrick philosophe, magistrat honoraire de la Cour des Comptes de Paris. auteur du Rapport gouvernemental « Reconsidérer la Richesse » co-fondateur des monnaies alternatives. - Wartena Sjoerd Président de la Fondation « Terres de liens » pour l’achat de terres et installation de jeunes agriculteurs. ======================================================================== Annexe à la lettre ouverte du 8 février 2010. Groupe de réflexion des Entretiens de Millançay. MANIFESTE POUR UN RETOUR A LA TERRE Préambule : L’être humain est lié à la Terre depuis les origines, il en est le fruit indissociable comme toutes les espèces qui constituent la trame du vivant. Nous sommes véritablement pétris de cette Terre qui nous porte comme l’ont proclamé les sages de toutes les traditions depuis l’antiquité : « La santé de l’Homme est le reflet de la santé de la Terre » (Héraclite d’Ephèse – 450 av.JC) « Qui change le Sol change le Sang ». (André Voisin –Académie des Sciences - Paris 1953) La notion de « terre-nourricière » est omniprésente dans toutes les mythologies et les mots « humain » et « humus » ont la même origine fondatrice. Les sociétés humaines dites « développées » n’ont plus conscience du lien étroit qui les unit au sol comme un cordon ombilical. Pourtant notre nourriture et la qualité de l’air que nous respirons en dépendent toujours quelques soient les performances de nos technologies modernes. Toutes les ressources vitales que transforment nos industries viennent de la Terre et nous ramène à la métaphore du Colosse aux pieds d’argile : Puissant par sa technologie mais oh ! combien vulnérable par sa dépendance aux 3 cm de terre fertile qui le sépare de la désolation… C’est le principe que suggère la notion « d’ l’Intelligence Verte » qui permet à tous les êtres de vivre de l’énergie solaire, matérialisée par la photosynthèse. Car enfin, pour paraphraser Emile Flammarion « Qu’est-ce d’autre que le Pain et le Vin sinon de l’énergie solaire cristallisée… Soleil, eau, sol, air, micro-organismes composent ce moteur universel que l’Agri-Culture a pour vocation et mission de gérer au mieux pour l’équilibre et la pérennité des écosystèmes. Or la planète a perdu en 30 ans, un tiers de ses terres arables. Un hectare passe au désert toutes les 4 secondes. (sources ONU, Sommet de Rio). Ce désastre préfigure les tragédies sanitaires et sociales pour l’ensemble des peuples qui n’auront pas su vivre en heureuse harmonie avec leur sol. « Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent… » (Chateaubriand) Partout de l’Ukraine à la Californie, de l’Alaska au Sahel ou du Mexique à la Chine, en passant par l’Australie et le Bengladesh, la terre disparaît avec ses derniers Paysans… Mais aussi en Europe, et aux Etats-Unis, où la dégradation des sols devient préoccupante, puisqu’ils perdent entre 20 et 40 tonnes de terre par ha et par an – soit 8 kg de terre pour 1kg de denrées produites (coût estimé à 43 milliards de dollars par an pour les seuls Etats-Unis – (source D.Pimentel, Cornell University de New-York). En France le chiffre des pertes annuelles de terre arable s’élève à 20 tonnes/ha, en Espagne 34 tonnes/ha, etc… Quant à l’urbanisation, et les infrastructures routières, elles dévorent sur le territoire français l’équivalent d’un département tous les dix ans. (60.000 ha par an). Au moment où réapparaissent les émeutes de la faim, il est urgent de se pencher sur les causes de ce désastre mondial et sur les impasses du modèle alimentaire dominant. 1°) Le premier constat est que la concentration des moyens et l’artificialisation à outrance des productions intensives ont conduit à remplacer les paysans par des molécules chimiques dans les champs …en faisant disparaître les agricultures paysannes ou vivrières, elles ont en même temps, pollués gravement les territoires, ruinés les économies locales et détruit les liens sociaux. N.B. Trente ans d’hémorragie silencieuse ont fait passer à la trappe dix millions de ruraux actifs, dans notre pays, (soit une exploitation tous les quart d’heure en France). Ce phénomène perçu comme un sacrifice nécessaire au triomphe d’un « Progrès » érigé en mythe, a rendu tabou toutes discussions et évaluations sur les conséquences humaines, économiques, sociales et écologiques de l’agriculture industrielle intensive. 2°) Le coût économique de ce modèle est insoutenable, puisqu’il faut 300 unités d’intrants pour produire 100 unités de nourriture (étude publiée dans la revue « Scientific American » en 1994.) Aujourd’hui confirmée par des dizaines d’études universitaires, notamment par le Prix Nobel d’Economie Amartya SEN qui montre que « plus une ferme est petite, plus son rendement est élevé »… Le coût caché d’une soit-disant supériorité agro-industrielle, renvoie le mythe de l’agriculture productiviste au stade de la mystification, et de la faillite programmée. En clair, ce modèle ne peut tenir que par les subventions injectées chaque année, (9,5 milliards d’euros pour la France – Elles représentent dans la plupart des cas : 80% du revenu agricole). Cette situation, qui s’apparente à un détournement de fonds publics vers des secteurs privilégiés par une politique agricole de rentes, est à mettre en parallèle avec le nombre grandissant de nos contemporains qui doivent pour survivre faire appel aux « Restaurants du Cœur ». Cette situation est probablement, à terme, l’une des plus dangereuse pour la paix civile dans notre pays mais aussi la plus scandaleuse de notre époque, où une société d’abondance préfère mettre la nourriture à la décharge plutôt que nourrir les populations non-solvables, afin de maintenir ses critères inhumains de spéculation et de « loi du marché »… Réinventer le métier de Paysan ! Il est clair que nous sommes à une croisée de chemins, et les révisions qui s’imposent à la société post-industrielle sont inéluctables. Elles ne relèvent pas d’une quelconque idéologie, mais d’une nécessité impérative pour la survie de nos sociétés. L’Agriculture française va devoir prendre en compte de nouvelles fonctions qui s’inscrivent dans la pluri-activité, la diversification, l’innovation, la haute qualité environnementale… Tous les observateurs s’accordent sur le fait que les filières classiques vont continuer à perdre des emplois. Il est donc impossible de faire face à la crise par le maintien des anciens schémas productivistes. Ce qui signifie que toute politique économique, sociale, environnementale et foncière va devoir prendre en compte le potentiel considérable de l’Agriculture Paysanne et rehausser, aux yeux des jeunes générations, le statut et l’image des métiers de la terre. De nombreuses voix autorisées, des universités prestigieuses de Cambridge, Berkeley ou Stanford nous disent : « nous devons attirer des jeunes bien formés des milieux ruraux ou citadins, des jeunes ayant une capacité d’apprendre l’Agriculture, qu’ils soient issus du milieu agricole ou non… des jeunes dont l’idéalisme et l’intérêt pour la nature peuvent apporter une véritable innovation dans la vie rurale et l’activité agricole… » D’autres comme Victor David Hanson de l’université de Californie déclarent : « L’importance de l’agriculture n’était pas, et ne sera pas qu’économique. Sa valeur morale comme pépinière de citoyens stables était et devrait être reconnue par des gens intelligents. C’est pourquoi ses conditions, sa prospérité ou son déclin méritent l’attention et doivent mobiliser nos efforts… » En fait le qualificatif d’Agriculteur doit se conjuguer avec le terme « d’ Eco-entrepreneur ou d’Entrepreneur rural » dont le rôle dans la société va s’enrichir parce qu’elle lui assigne dorénavant quatre fonctions principales : - Une fonction de production agro-alimentaire qui correspond à son rôle traditionnel mais qui va devoir profondément se réformer pour tenir compte des goûts et des aspirations d’une clientèle en recherche de qualité et de sécurité. - Une fonction culturelle et sociale, consistant à accueillir et à former une population citadine en quête de nature, de loisirs et d’activités utiles, auto-production jardinage, cuisine, découverte des paysages, botanique, classes vertes… - Une fonction artisanale et résidentielle pour maintenir une activité dynamique d’entretien des paysages et des infrastructures, réseau hydraulique, haies, forêts, amélioration de l’habitat, constructions bio-climatiques. - Une fonction environnementale liée à la nécessité de préserver les ressources et les équilibres naturels, dont l’ampleur, aujourd’hui va déboucher sur de véritables activités économiques, (technologies douces, énergies renouvelables, recyclage…) Ces voies nouvelles doivent s’inscrire dans les réformes de la Politique Agricole pour l’orienter dorénavant vers la diversification, l’extensification, l’innovation. Elles doivent privilégier les pratiques respectueuses de l’environnement, la valorisation des produits à la ferme par de petites unités de transformations, la promotion de la qualité, la formation aux méthodes artisanales et les nouvelles technologies, la sauvegarde des semences et des races locales, le maintien des savoirs faire traditionnels, la promotion des produits de terroirs qui constitue la richesse et l’âme des régions, mais surtout la sécurité et la souveraineté alimentaire. C’est justement cette sécurité, cette authenticité et cette simplicité que veulent retrouver les populations, aujourd’hui qui, se regroupent en AMAP (Association pour le Maintien des Agricultures Paysannes) autour de la notion de « Fermier de Famille », ou en S.E.L. (Systèmes d’Echanges Locaux) ou en Jardins Partagés, Jardins de Cocagne et autres innovations citoyennes. (voir publications François Plassard Enjeu Ecologique Et de Société –éditions Yves Michel). Ce phénomène civilisationnel démontre que face au rouleau compresseur des systèmes monolithiques et à la tyrannie des hégémonies prédatrices, les individus sont capables de sursaut pour réinventer de nouvelles formes de société civile, plus conforme à l’intérêt général et au Bien commun. Il faut aussi noter que l’artificialisation et la médiocrité des produits de masse standardisés sont de plus en plus suspects au regard d’un public conscient des nouvelles pathologies (l’obésité, le diabète sont devenus de véritables fléaux et les allergies alimentaires ont doublé ces cinq dernières années, quand au cancer il représente la première cause de mortalité avec 300.000 cas nouveau chaque année en France). En fait nous voyons apparaître dans cette énumération d’aspirations nouvelles, une multitude d’emplois et de métiers nouveaux comme le suggère le Rapport « Agriculture et Environnement du Groupe de La Bussière 2004 – 2006 », commandité par le Ministère de l’Agriculture et le Ministère de l’Ecologie sur le thème : Quelle Agriculture en 2025 ?. Trente experts du monde agricole conventionnel (INRA, FNSEA, CNJA, APCA, ADASEA, CEMAGREF…) ont planché pendant 2 ans pour arriver à la conclusion assez inattendue que le modèle agricole à venir sera celui qui se rapprochera le plus de l’Agriculture Biologique, baptisé A.H.P.E. (Agriculture à Haute Performance Environnementale). Ils ajoutent chiffres et schémas à l’appui que c’est ce modèle qui dominera dans 15 ans. Il recouvrira alors 100% du territoire et, suprême avantage, il ramènera 1 million d’emplois nouveaux à la terre… On peut s’étonner que de tels rapports ne soient pas divulgués aux élus régionaux et aux décideurs des politiques territoriales d’aménagement. Ces questions devraient faire l’objet d’un débat public au moins aussi intéressant que celui qui s’instaure sur l’identité nationale… car il s’agit de sécurité alimentaire et de paix civile… N.B. pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce Rapport officiel éclipsé, il est possible de se le procurer auprès des Services de la Documentation Française 29 – 31, quai Voltaire 75344. PARIS. cédex 07. Voir également les publications et enseignement du Professeur Marc Dufumier, Chaire d’agricultures comparées à l’Institut National Agronomique - AgriTech Paris-Grignon.. Dans la même perspective nous résumons l’expertise que nous avons présentée à la Table Ronde du 11 juillet 2001 à la Commission Européenne lors du colloque organisé par le Commissaire à l’Agriculture M. Franz Fischler, afin d’éclairer les travaux de réforme de la Politique Agricole Commune. N.B. Dix ans après nos remarques sont toujours d’actualité… Notre contribution portait sur 7 questions principales : 1- Que peut-on attendre d’un secteur agricole moderne et comment la politique communautaire peut-elle y concourir ? 2 - En quoi le secteur agricole diffère-t-il des autres secteurs de production ? 3 - Le modèle agricole européen doit-il être plus diversifié ? 4 - Comment peut-on promouvoir le Développement Durable dans le secteur agricole, sur les plans économique, environnemental et social ? 5 - Comment peut-on concilier une agriculture compétitive sur le plan mondial et une production alimentaire de haute qualité ? 6 - Quelles sont les composantes d’une politique de qualité et quelles en sont les conséquences en matières de prix ? 7 - Le secteur de la distribution répond-il aux attentes des consommateurs sur le plan de la sécurité sanitaire et de la qualité ? La première impression à la lecture de ce programme, c’est l’absence de deux questions essentielles: A) Les prix agricoles reflètent-ils les coûts réels de productions ? B) La politique agricole est-elle fondée sur ce principe de vérité des coûts ? - Aux deux questions la réponse est non ! Dans ces conditions comment peut-on établir une Politique Agricole cohérente sans connaître : 1°) Le coût énergétique d’un système : l’Agriculture contemporaine est passée en quarante ans de l’énergie solaire gratuite à l’énergie fossile, polluante et non-renouvelable, hypothèquant en même temps l’avenir de la planète. Les millions de tonnes de pétrole nécessaires à la production d’engrais, de pesticides, et de transports ne figurent pas dans les comptes de l’Agriculture, puisque la comptabilité nationale ne ventile pas par postes d’activités la consommation de cette énergie, principal élément de déséquilibre de la balance des échanges. De plus les circuits longs, ravageurs d’espace, rendent notre modèle alimentaire très vulnérable. ( En caricaturant on pourrait dire que les aliments font trois fois le tour de la terre avant d’arriver dans l’assiette du consommateur) 2°) Le coût écologique : de l’érosion des sols, de l’appauvrissement des éco-systèmes, de la pollution généralisée des ressources en eau est lui aussi considérable. (une étude anglaise extraite de New Scientist à Londres reprise par Courrier International du 25 Janvier 2001 montre que l’agriculture coûterait chaque année à la Grande-Bretagne fr. 23.5 Md., ce qui équivaut pratiquement au revenu de ce secteur). A titre indicatif, les chiffres des dépenses pour l’environnement en France publiés par l’IFEN, en 1997, (il y a plus de 12 ans), étaient déjà de 244,3 Md.de F. soit 37 Md. d’€uros tous secteurs confondus. Elles augmentent de 5% par an, plus que le PIB. Et la plus grande partie est liée aux dégradations causées par l’agriculture intensive. Aujourd’hui les dépenses occasionnées par la pollution se chiffreraient à € 57 Md. mais ce chiffre ne tient aucun compte des coûts « collatéraux » comme l’impact sur la santé qui s’élèveraient selon l’OMS à 140 Milliard d’€uros pour la France. On voit que désastres écologiques riment avec catastrophes économiques… 3°) Le coût social : de la déprise des terres, les flux migratoires des chômeurs des champs vers les chômeurs des villes, la paupérisation des populations rurales, la dégradation des rapports humains... A cet égard quelles sont les pertes en emplois directs et indirects causées chaque année en Europe par cette hémorragie silencieuse du monde rural ? 4°) Les coûts sanitaires: de ce modèle sont évoqués dans de nombreux rapports. Le problème des anti-biotiques de croissance dans l’alimentation animale n’est qu’une partie de l’iceberg. Les hormones, les pesticides, les nitrates dépassent dans de nombreuses régions des niveaux de concentration inquiétants dans l’environnement. Quand au problème des épidémies à répétition dans des élevages fragilisés par la concentration et le « forçage » (E.S.B., peste porcine, grippe aviaires, fièvres aphteuse, catharrale, zoonoses diverses…) qui peut dire les coûts de ces calamités et pendant combien de temps il faudra les supporter ? Cette entrée en matière n’est qu’un survol non exhaustif des problèmes causés par l’agriculture contemporaine. Sous réserve d’évaluer les coûts cachés des performances agricoles, nous avons tenté de répondre aux 7 points qui intéressent les instances communautaires. Notre hiérarchie des priorités nous a conduit à intervertir les questions 1 et 2. d’abord la QUESTION N° 2 : 2 - En quoi le secteur agricole diffère-t-il des autres secteurs de production ? Réponse: L’Agriculture est une activité de base qui doit répondre au plus fondamental de tous les besoins, la sécurité alimentaire des populations dans le respect des normes sanitaires. Parallèlement , elle a pour vocation d’assurer la préservation des ressources et des paysages dans des campagnes vivantes. L’activité agricole, contrairement aux activités industrielles, est soumise aux lois du « vivant » pas seulement à la physique et à la chimie de la matière inerte. Exemple: on peut faire des boulons économiquement en tous lieux et en toutes saisons. Pour faire du blé ou des abricots il faut tenir compte de la saison, du climat, de l’altitude et du terroir… sous peine d’échec retentissant. 1- Que peut-on attendre d’un secteur agricole moderne et comment la politique communautaire peut-elle y concourir ? Réponse: Un secteur agricole moderne doit être un secteur constitué d’opérateurs formés à une approche globale du fonctionnement des écosystèmes pour en tirer durablement la meilleure productivité. (optimum plutôt que maximum). Le meilleur exemple d’une bonne gestion d’un territoire est la complémentarité des productions (grandes cultures et élevages - céréales et légumineuses, rotations, assolements etc... La Politique Agricole Commune peut y concourir en modifiant ses critères d’intervention, comme elle a commencé à le faire avec les aides directes aux exploitations respectueuses de l’environnement et génératrices d’emplois. Elle peut encourager notamment la production de plantes à protéines dont l’Europe est grandement déficitaire. Ce faisant elle améliorera le revenu brut des régions et les performances agronomiques des sols tout en diminuant la pollution (transports et azote importé sur des zônes restreintes et concentration d’animaux, ne permettant pas le recyclage). Elle générera des emplois et favorisera une renaissance économique des régions en difficulté. Elle permettra de sortir d’une dépendance préoccupante à l’égard des protéines importées,(principalement soja) y compris d’un éventuel chantage des fournisseurs, ou de risques climatiques, politiques et sanitaires qui se sont déjà produit dans le passé. Elle engagera ainsi une véritable politique de développement durable, dont nous ne voyons pas bien les signes concrets sur le terrain. 3 Le modèle agricole européen doit-il être plus diversifié ? Réponse: la réponse à cette troisième question doit s’inscrire en cohérence avec les deux premières. Le modèle européen doit être aussi diversifié que le nécessitent les différentes situations et aptitudes des terroirs (climat, pédologie, topographie, histoire, savoirs-faire, traditions culturelles) pour que chaque région valorise sa différence, exploite ses atouts, plutôt que de s’épuiser dans une compétition mondiale des productions de masse où ne peut gagner (provisoirement) que celui qui possède les plus gros moyens financiers. 4 - Comment peut-on promouvoir le Développement Durable dans le secteur agricole, sur les plan économique, environnemental et social ? Réponse: La nature, la vie, l’univers sont cohérents. Exemple: Si l’on développe une politique agricole pour obtenir des produits de qualité, les pratiques mises en oeuvre à la réalisation de cet objectif vont simultanément être bénéfiques à l’environnement (moins d’intrants polluants) - également bénéfiques à la création d’emplois selon le principe « qui dit qualité dit soin, qui dit soin dit temps passé, qui dit tant passé dit emplois... » - également bénéfiques à l’économie locale, par la valeur ajoutée et l’image spécifique de produits non banalisés qui autrement sont dévalorisés dans l’anonymat des productions de masses. On voit combien ces orientations correspondent aux objectifs du Développement Durable, car ils préservent les ressources et les écosystèmes, tout en améliorant leur productivité au lieu de la compromettre à terme comme le fait l’agriculture intensive (appauvrissement des biotopes, rendements décroissants, désertification....). Elles favorisent en même temps la fidélisation d’une clientèle satisfaite par la qualité de produits identifiés et promotrice de l’image et de la réputation d’une région, permettant le développement d’activités connexes comme le tourisme vert, les gîtes ruraux, etc... 5 - Comment peut-on concilier une agriculture compétitive sur le plan mondial et une production alimentaire de haute qualité ? Réponse: qu’appelle-t-on une agriculture compétitive ? (renvoi au préambule). a) Si l’on entend par compétitive, la comparaison avec les pratiques du modèle nord-américain dont les prix artificiels fluctuent au gré des caprices des spéculateurs boursiers, c’est perdu d’avance ! D’autant plus que les américains, en fonction de leurs besoins, créent la monnaie qui sert de référence à l’ensemble de la planète, ou encore, pratiquent la délocalisation dans des pays dont les coûts de main-d’oeuvre et de matières premières sont dérisoires et les contraintes environnementales inexistantes. ( exemple des fruits et légumes) b) Si au contraire, l’on entend par compétitive une agriculture dont l’objectif essentiel est d’assurer dans chaque régions du monde, l’autonomie alimentaire, l’indépendance et la sécurité des populations dans un environnement durablement préservé, les deux notions de « haute qualité » et de « compétitivité » sont parfaitement compatibles. 6 - Quelles sont les composantes d’une politique de qualité et quelles en sont les conséquences en matières de prix ? Réponse: Il faut inverser les objectifs de la politique agricole en favorisant le retour à des pratiques respectueuses de l’environnement et de la santé et socialement responsables. Cette politique doit s’appuyer sur la vérité des coûts de production et cesser de subventionner l’industrie lourde et la pétrochimie par paysans interposés. Cette orientation entraînera un relèvement des prix des denrées alimentaires, qui pourra être justifié et supporté par un abaissement des prélèvements fiscaux et des charges consacrées aux réparations des dégâts causés à l’environnement et à la société par l’agriculture intensive. En résumé, ce que le consommateur paiera à l’étal du marchand pour des produits de qualité, il ne le paiera plus comme contribuable pour maintenir un système absurde de primes au gaspillage et à la dégradation des ressources. C’est le moyen d’instaurer une responsabilité citoyenne et une conscience collective pour l’avenir de la planète. 7 - Le secteur de la distribution répond-il aux attentes des consommateurs sur le plan de la sécurité sanitaire et de la qualité ? Réponse : Sur le plan de la sécurité sanitaire, de gros efforts ont été faits mais surtout pour le contrôle de la qualité bactériologique. La pollution chimique des intrants, pesticides et additifs alimentaires est par contre très insuffisante. Ce qui fait que sur le plan de la qualité, en général, les situations sont très contrastées selon les enseignes et les gammes de produits. Ecraser les prix... conduit inévitablement à rogner sur la qualité et à ruiner de nombreux opérateurs incapables de faire face aux exigences d’une distribution en position dominante. En conclusion, le modèle agricole idéal qui permettrait de résoudre au mieux les problèmes évoqués, c’est celui de l’Agriculture Biologique et des circuits courts qui constituent une réalité sur le terrain depuis plus de trente ans et qu’il faudrait promouvoir de manière plus efficace. L’Agriculture Biologique est largement plébiscitée par une consommation qui explose avec une croissance à deux chiffres, et qui, paradoxalement au niveau de la production, ne se développe que très lentement en France, puisque nous importons actuellement 50% de nos besoins. C’est d’autant plus étonnant pour un pays dont la vocation agricole et exportatrice est tellement vantée, alors que pour le secteur de l’Agriculture Biologique elle est totalement sous-développée, comme si la demande sociale n’avait aucun effet sur les politiques publiques… Ce décalage entre l’offre et la demande d’une production très recherchée conduit à des aberrations et à des fraudes internationales retentissantes (cas de la mélanine dans des produits bio importés de Chine). Force est de constater que les institutions ne jouent pas leur rôle pour développer un secteur de production dont les impacts sont éminemment bénéfiques à l’emploi, à l’environnement, à la renaissance des économies locales et à la lutte contre la pauvreté. Il est évident que la puissance des lobbies qui maintient l’agriculture dans un état de dépendance et de prédation s’opposera de plus en plus à l’avènement d’une agriculture autonome, économe et non-polluante car les intérêts en jeu sont considérables. C’est donc d’une politique courageuse dont nous avons besoin pour rééquilibrer les forces en présence dans l’intérêt des populations actuelles et dans celui des générations à venir. N.B. Certaines considérations datent de presque dix ans, on voit bien que les écarts et les dégradations d’une politique agricole inadaptée, n’ont pas évolués en France. C’est le même écho qui est rendu plus récemment par le rapport de la Conférence Internationale sur l’Agriculture Biologique et la sécurité alimentaire de la F.A.O. qui s’est tenue du 5 au 7 mai 2007 à Rome. Plus de 350 participants issus de plus de 80 pays dont les représentants de 66 Etats, de 24 Instituts de recherche, 31 Universités et institutions des Nations Unies ont confirmé qu’avec une expérience de plus de 30 ans, sur les cinq continents, l’agriculture Biologique ou organique avait fait la démonstration de sa capacité à nourrir l’ensemble de la population mondiale de manière durable et sans les inconvénients de l’agriculture intensive. (Ce rapport est disponible sur le site internet www.fao.org ) Même conclusion de l’IAASTD (Organisme d’Evaluation Internationale des Sciences et Technologies Agricoles au Service du Développement). Au terme d’un processus lancé en 2004, 400 experts, représentant 59 pays ont appelé à « repenser l’agriculture de demain » et approuvé le 12 avril 2008 à Johannesbourg un Rapport préconisant le soutien des petits agriculteurs et l’intensification des recherches en « Agro-écologie » comme solution à vingt années d’erreurs des politiques agricoles. Ce rapport a été publié au printemps 2008, alors que sévissaient les émeutes de la faim dans de nombreux pays. ( Journal le Monde 16 avril 2008). Le numéro hors série de Courrier International : Changer de modèle face à la crise « la vie meilleure – mode d’emploi » fait redécouvrir une réalité longtemps occultée par l’idéologie du gigantisme, à savoir que ce sont les petites fermes qui sont les plus productives… Une affirmation justifiée par le Prix Nobel d’économie Amartya SEN en 1998 et confirmée depuis par plusieurs dizaines d’études : « plus une ferme est petite, plus son rendement est élevé » jusqu’à vingt fois supérieur aux exploitations de plus de 10 hectares. (Réf. Courrier International - 4ème trimestre 2009, page 85 et 86). Ce numéro spécial de 100 pages relatent bien d’autres exemples enthousiasmants sur les capacités de la société civile à reprendre en main son destin et à pouvoir se nourrir onfortablement et durablement sans recourir aux artifices de la pétro-chimie et de l’industrie lourde…Encore faut-il réinstaller un nombre suffisant de paysans ! C’est aussi ce qu’enseigne le formidable élan international de SLOW FOOD et son mouvement TERRA MADRE (Terre-Mère) animé par des jeunes du monde entier qui opèrent une véritable révolution des consciences en démontrant qu’il est possible de construire un autre modèle de production et de consommation et soutiennent qu’une alimentation « bonne, propre et juste », saine, locale et diversifiée doit être la norme ! (voir www.slowfood.fr) L’approche originale d’Emmanuel Bailly dans son concept D’ECOREGIONS est aussi une inversion des tendances mortifères imposées depuis une trentaine d’années par une délocalisation accrue de nos ressources et de nos productions dans des pays lointains. (Mémoire de l’Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Limoges) C’est ce qui explique, que le territoire sous couvert d’aménagement a été littéralement « déménagé » et que la France consacre moins de 2% de sa SAU à la production de fruits et légumes dont l’essentiel vient des pays du Sud. Ainsi, à titre d’exemple, dans le Limousin ont cultivait encore dans les années 1970, 7000 hectares de pommes de Terre, aujourd’hui moins de 300 hectares … On comprend pourquoi chaque jour 1.500 camions semi-remorques en provenance du Sud, passent la frontière à Perpignan pour approvisionner le Nord en fruits et légumes. L’absurdité de la situation se conçoit lorsqu’on observe que les fruits et légumes sont surtout constitués d’eau, plus de 90 %, et qu’ils proviennent de pays dont les populations manquent cruellement de cette précieuse ressource…Cette noria de camions qui sillonne la planète pour transporter des denrée alimentaires en tous sens est, non seulement anti-économique et anti-écologique, elle est désastreuse et injustifiable politiquement sinon par la spéculation de quelques groupes anonymes qui dominent ce marché international au détriment de la collectivité et de l’intérêt général. Le principe d’Eco-régionalité, tel que le présente Emmanuel Bailly dans sa thèse, est l’une des bases politiques les plus cohérentes que puissent mettre en œuvre les collectivités territoriales. Consommer une alimentation écologiquement et socialement responsable, transformée au plus près de son lieu de production est une règle de simple bon sens, mais aussi une priorité d’ordre international face à la problématique du réchauffement climatique. Le principe d’éco-régionalité s’inscrit dans une politique de gestion des risques énergétiques, sanitaires, alimentaires et environnementaux tout en permettant de reconstituer le système « immunitaire » d’une région. L’immunité alimentaire d’un territoire peut être définie comme l’ensemble des mécanismes biologiques, structurels et économiques permettant à un écosystème d’apporter les ressources nécessaires au bassin de vie qui le constitue et d’en recycler les effluents. Cette recherche d’équilibre et d’autonomie alimentaire et énergétique sur un territoire s’apparente au principe du métabolisme des cellules vivantes et des organismes complexes. Il trouve aussi sa légitimité dans l’application du principe de prévention et de précaution et de production durable… N.B. La plupart des régions de France sont déficitaires et importatrices des denrées alimentaires de base. En cas d’incident politique, diplomatique ou climatique, les stocks de six jours (c’est la norme) fondraient comme neige au soleil. Ainsi les régions aussi performantes soit-elles en monocultures de blé, de betterave sucrière ou de vins qu’elles exportent, se bercent-elles d’illusions sur leur sécurité. En fait elles se trouveraient aussi démunies qu’un pays du tiers-monde, pour assurer au quotidien l’approvisionnement de leur population si le moindre incident survenait dans la belle mécanique huilée des échanges au long cours. ( pénurie de carburant, grève des transporteurs, troubles sociaux, climatiques, etc… La reconstitution du système agro-alimentaire d’une région passe inévitablement par la régénération d’une multitude d’outils de production (maraîchage, arboriculture, pisciculture, apiculture, aviculture, polyculture élevage) couplée à une dynamique d’actions transversales dans les domaines aussi complémentaires que la transformation, la commercialisation, la formation, la recherche… Les impacts positifs d’une telle orientation en matière de création d’emplois directs et indirects sont une véritable opportunité pour lutter contre la déprise agricole, le chômage, la précarité, l’exclusion sociale… Le principe d’éco-régionalité basé principalement sur la réorganisation territoriale de l’offre et de la demande des flux alimentaires et énergétiques doit veiller à associer dans sa prospective d’aménagement de l’espace rural et urbain une politique multifonctionnelle et multigénérationnelle intégrant la gestion des ressources naturelles, la gestion des déchets, l’autonomie et la sobriété énergétique, la réduction de l’empreinte écologique et la capacité de charge des territoires. Pour en savoir plus voir «Terres d’avenir, pour un mode de vie durable » éditions Alphée. Paris. et le site internet : http://www.ecoregion.fr Pour conclure, l’approche du comité de réflexion, mis en place en octobre 2009 à l’occasion des Entretiens de Millançay, essaie d’anticiper sur la situation inéluctable que nous allons connaître en matière de production alimentaire. La fin prévisible des énergies fossiles à bas coût entraîne, à l’échéance d’une ou deux décennies, la transformation radicale du modèle agricole dominant sur la planète avec une inversion de la rareté et de l’abondance expliquée par François Plassard , ingénieur agronome et docteur en économie spécialiste de la dynamique des territoires, prospective et animation. (Propositions altermondialistes éditions Yves Michel). Les besoins les plus criants sont ceux de l’accès au foncier pour cultiver la terre et ceux d’une formation adaptée aux nouveaux enjeux, pour les futurs agriculteurs gestionnaires des ressources et des territoires. Dans cette perspective on peut affirmer sans chercher à être provocateur que l’enseignement agricole officiel est en partie obsolète et doit-être réformé de fond en comble pour apprendre aux nouveaux agriculteurs à utiliser mieux les fonctions naturelles et gratuites des écosystèmes et à se passer des artifices de la pétro-chimie comme ils seront contraints de le faire dans un avenir proche. site internet : www.intelligenceverte.org Le management d’une agriculture plus autonome et économe peut se résumer par les pratiques suivantes : économiser les intrants et les équipements, mutualiser les services et les moyens pour rendre les tâches plus attrayantes, valoriser la transformation et la vente directe à plusieurs avec des magasins collectifs, jouer sur les complémentarités et les synergies. De la même manière, nous n’échapperons pas à une réforme des politiques foncières pour rendre la terre plus accessible à ceux qui la cultivent et leur permettre d’assurer la sécurité alimentaire des populations. Là aussi il est possible de mutualiser des moyens pour acquérir des terres comme le propose la Fondation « Terres de Liens » , d’installer et d’encadrer des jeunes candidats au retour à la Terre. site internet : www.terredeliens.org CONCLUSIONS : Nous avons résumé dans ces quelques pages les grandes lignes d’un vaste chantier nécessaire à la métamorphose de notre modèle agricole et alimentaire. Il ne peut se concevoir sans une réforme de nos comportements individuels et collectifs. Mais une prise de conscience politique des décisionnaires s’impose pour une transition sans violence des objectifs économiques, sociaux et culturels. Nous devons admettre que le salut du monde ne peut provenir que de la coopération des intelligences et non de leur compétition exacerbée. (J.F. Noubel l’Intelligence Collective) Nous sommes mis au défi d’inventer un futur heureux dans la rareté et la sobriété. (Pierre Rabhi) Si nous ne comprenons pas que nos intérêts particuliers sont d’autant mieux préservés que nos efforts s’exercent en priorité dans l’intérêt général, alors notre génération aura manqué le grand rendez-vous de l’Histoire auquel elle est conviée. Il est urgent que la Terre redevienne notre « patrie commune » (Edgar Morin) et non un support inerte livré au pillage et à la spéculation... Les grilles de lecture sont accessibles à tous les citoyens responsables et de bonne volonté, pour comprendre les signes annonciateurs du changement de paradigme : (économie solidaire, éco-régions, éco-villages, jardins partagés, agriculture respectueuse de la nature et de la santé, gestion des écosystèmes, cantines scolaires, alimentation bio, commerce équitable, mutualisation des ressources, circuits courts, saisonnalité, relocalisation des activités, banques éthiques, micro-entreprises, commerce équitable… Nous croyons que l’une des rares possibilités d’atténuer les troubles et les souffrances prévisibles de la crise économique c’est d’accompagner la mutation profonde qu’elle impose vers un changement d’objectifs et d’activités porteurs de sens et de lien social. Quoi de plus fédérateur que d’assurer la sauvegarde de notre patrimoine commun La TERRE et de travailler à la satisfaction de nos besoins les plus élémentaires et quotidiens L’ALIMENTATION. Manger est un acte éminemment politique, car nous mangeons trois fois par jours et 365 jours par an. Nos millions de coups de fourchettes façonnent ainsi le monde dans lequel nous voulons vivre, c’est-à-dire: un monde pacifique ou totalitaire si nous faisons référence à la manière forte avec laquelle on veut nous faire « ingurgiter » certaines technologies … Seul le milieu rural, aujourd’hui offre une perspective de renaissance économique durable, et de création d’emplois non-délocalisables, si l’on parle de protection de l’environnement, de préservation des ressources, d’économie d’énergie, de qualité des produits, de qualité des services, de sécurité, d’innovation, de développement soutenable, et plus généralement de qualité de la vie … Il apparaît que le mouvement inverse du balancier de l’histoire qui a vidé les campagnes lors des « 30 glorieuses » est inéluctablement engagé dans le sens d’un RETOUR A LA TERRE. Le Président de la République a déclaré lors du Congrès de Versailles, que les mesures favorables à l’environnement permettront de créer 600.000 emplois. Nous pouvons affirmer que les mesures que nous préconisons pour développer les activités en milieu rural, peuvent rapidement créer plus de 1 million d’emplois en France. N.B. C’est d’ailleurs le chiffre annoncé par un précédent comité d’experts « le Groupe de La Bussière » officiellement investi en 2004, par le gouvernement, d’une mission de prospective générale sur l’avenir de l’Agriculture… ____________________________

Laissez un commentaire

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

:mrgreen: :neutral: :twisted: :shock: :smile: :???: :cool: :evil: :grin: :oops: :razz: :roll: :wink: :cry: :eek: :lol: :mad: :sad: